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Direction : Marine Jaouen (Drassm/MCC), Andrea Poletto (indépendant)
COH : Sébastien Legrand (Drassm/MCC), Jean-Luc Verdier (Arkaeos)
Equipe de fouille : Jean-Michel Minvielle, Laurence Serra (LAAM), Magali Veyrat (LAMOP), Marie-Pierre Jézégou (Drassm/MCC), Gaëlle Dieulefet (LAAM)
Architecture navale : Andrea Poletto (indépendant)
Soutien scientifique : Eric Rieth, directeur de recherche au CNRS (LAMOP)
Inventaire : Béatrice Hermitte (stagiaire)
Conservation préventive : Nathalie Huet (Drassm), Lila Reboul (Drassm)

DRASSM (Ministère de la Culture et de la Communication)
CCJ/CNRS (Centre Camille Jullian)
A-Corros

Or
Photo P. Groscaux, DRASSM/CCJ/CNRS

Cuir et dorure
Photo P. Groscaux, DRASSM/CCJ/CNRS

Cuir et dorure
Photo P. Groscaux, DRASSM/CCJ/CNRS

Bois et fer ou laiton
Photo P. Groscaux, DRASSM/CCJ/CNRS

Argent
Photo P. Groscaux, DRASSM/CCJ/CNRS

Fonte de fer
Photo P. Groscaux, DRASSM/CCJ/CNRS

Travaux de mesure sur la partie arrière de la coque
Photo J.-L. Verdier, Arkaeos

Travaux d’observation sur la partie arrière de la coque
Photo J.-L. Verdier, Arkaeos

Jeanne-Elisabeth, 1755

2012-2013 - Epoque Moderne - Hérault

La Jeanne-Elisabeth est un navire de commerce naviguant sous pavillon suédois coulé au large de Villeneuve-lès-Maguelone en novembre 1755. C’est son pillage, en 2007, qui a conduit le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines à mener une campagne d’expertise sur son épave en 2008. Depuis, les recherches permettent d’entrevoir un site exceptionnel du point de vue de son histoire et de ses conditions de conservation.

Les archives retrouvées permettent de retracer les derniers jours de ce navire et de son équipage avant son naufrage dans la nuit du 14 au 15 novembre 1755. Un fret de blé constitue une grande partie de sa cargaison officielle, chargé à Cadix, sa destination était le port de Marseille. Parmi les sacs de blé, un transport de fond se dissimule composé de plus de 24 000 piastres. Ce précieux chargement est destiné à couvrir les besoins de la France dans son entreprise d’expansion coloniale. Les navires anglais sillonnant le Golfe du Lion tentent quant à eux de perturber les importations de monnaies en direction de la France, sa rivale commerciale. Ce contexte extrêmement tendu aboutira, en mai 1756, à la Guerre de Sept ans. Ce n’est cependant pas un affrontement qui cause la perte du navire mais un fort coup de vent qui le drosse vers la côte. Le navire s’échoue sur un banc de sable. Des heures durant, les vagues vont marteler la coque et les hommes, réfugiés sur le mât.

Les quatre années de sondages et de fouilles précédemment réalisés entre 2008 et 2011 ainsi qu’une année d’étude documentaire en 2012 ont permis de mettre au jour et d’étudier un corpus de 200 objets liés à la vie à bord du navire. L’important apport sédimentologique sur la zone a permis une conservation exceptionnelle des objets en matériau organique (voiles, gréement en bois, pièces en cuir ou en bois), métallique (chaudrons, monnaies, vaisselle) ou composite (armement à main, moulin à café). Les éléments en céramique, grès, porcelaine ou verre qui souffrent traditionnellement moins en contexte immergé sont également bien représentés. A cette collection il faut ajouter les mobiliers, toujours sous main de justice, saisis par les douanes après le pillage du site et qui correspond à environ 300 autres objets. Le navire en lui-même est conservé pour moitié dans le sens longitudinal (tribord). Les différents éléments qui composent la coque de la quille au deuxième pont sont eux aussi remarquablement bien conservés.

L’année 2013 voit la reprise des opérations de terrain sur le site avec pour premier objectif l’étude de la partie arrière du navire : le dégagement, l’étude et le relevé des éléments conservés de l’étambot. Les sources d’archives mentionnent néanmoins un choc violent qui aura certainement laissé des traces dans la structure même de la partie arrière. Le dégagement de la zone à l’extrême sud permettra enfin de proposer la longueur totale conservée et de débuter l’expertise de la zone de vie de l’équipage.



Texte : Marine Jaouen et Andrea Poletto
Photos : DRASSM/CCJ/CNRS, P. Groscaux