Fil d'actualité RSS

Direction : Souen Fontaine (Arkaeos), Mourad El-Amouri (Arkaeos), Fréderic Marty ((Pôle intercommunal Ouest-Provence)
COH : Jean-Luc Verdier (Arkaeos)
Topographe : Vincent Dumas ( CNRS, Centre Camille Jullian)
Etude dendrologique : Sandra Greck (Arkaeos) et Frederic Guibal (IMBE-IMEP)
Etude architecturale : Laurent Borel (CNRS-Cealex)
Conservation préventive 2012 : Vanessa Prades (Pôle intercommunal Ouest-Provence)
Photographe : Teddy Seguin

DRASSM (Ministère de la Culture et de la Communication)
Pôle intercommunal Ouest-Provence
CNRS - Centre Camille Jullian ; IMBE (ex-IMEP), Centre d’Etudes Alexxandrines

(carte d’Etat Major/Géoportail)

Digue de la Marronède - Golfe de Fos

2012-2013 - Antiquité - Région PACA

L’opération de prospection-sondage menée sur la "digue" de la Marronède s’inscrit dans les problématiques d’implantation et de fonctionnement du port antique de Fos, installé au débouché des Fossae Marianae. L’assimilation des vestiges à une digue et la longueur de l’ouvrage évaluée à un kilomètre de long, reposent sur un faisceau d’indices essentiellement constitué d’observations relayées par les plongeurs scientifiques et amateurs, de relevés partiels non géo-référencés réalisés par J.-M. Gassend en 1988 et de l’interprétation d’une série d’anomalies visibles sur un cliché aérien de 1947. L’ouvrage de la Marronède, immergé sous quelques mètres d’eau au large de la digue actuelle, pourrait avoir protégé l’entrée de la lagune Stomalimne décrite par Strabon (actuel étang de l’Estomac) qui pourrait avoir abrité l’un des ports de Fos.
L’opération mise en œuvre en 2012, première investigation archéologique de terrain dédiée à la présumée digue, visait à reconnaître l’emprise des vestiges, à en dresser le plan topographique et à recueillir une première série d’informations permettant d’établir l’homogénéité de la structure, sa fonction et sa chronologie.
Les ambitieux objectifs de cette première opération ont du être révisés pour plusieurs raisons parmi lesquelles compte l’important ensablement du secteur. L’état de recouvrement du site n’a pas permis de suivre l’ouvrage sur sa longueur présumée et seules quelques zones d’enrochements ont pu être identifiées et géoréférencées. Ces données et le récolement de la documentation disponible permettent néanmoins de restituer un alignement sensiblement différent de celui initialement supposé et de proposer une réinterprétation des anomalies lisibles sur le cliché aérien de 1947.
Le secteur central, le mieux conservé et le seul sondé, révèle un aménagement anthropique datable du milieu du IIe siècle de n.è, dont ni la hauteur ni la largeur maximale n’ont pu être atteintes. Constitué d’une accumulation de blocs grossièrement débités surmontés d’éléments architecturaux réemployés en blocage, cet aménagement d’une soixantaine de centimètres de hauteur repose, en l’état du sondage, sur une couche de matte de posidonies recouvrant un sédiment meuble. Un dispositif de pierres posées à plat borde l’extrémité nord, vers la côte. Cette configuration évoque plus un aménagement de berge et un espace de circulation établi sur une zone terrestre que la partie supérieure d’une digue immergée. Le décalage chronologique observable entre le mobilier issu du sondage (milieu du IIe siècle de n.è) et le résultat de l’analyse Carbonne 14 d’un échantillon de pieux provenant du même secteur prélevé en 2008 (39 av. n.è et 72 de n.è) suggère l’éventualité d’aménagements successifs de natures différentes potentiellement induits par les modifications de la ligne de rivage. Si Strabon décrit l’Etang de l’Estomac comme une lagune ouverte sur la mer au Ier siècle av. n.è, on ne peut exclure qu’un ensablement rapide ait donné lieu à la formation d’un cordon lagunaire, dont l’aménagement se soit avéré nécessaire.



texte : Souen Fontaine